JR, AMOR FATI, au J1, Marseille

JR, AMOR FATI, au J1, Marseille

Installation de JR dans le cadre de MP2018, QUEL AMOUR !

La nouvelle installation de JR à Marseille est une invitation à parcourir un réseau de passerelles surplombant un bassin de 1400 mètres carrés. Le visiteur plongé dans la pénombre se déplace à travers le hangar du J1 pour effectuer un voyage sans destination apparente.

Entrer au J1, c’est franchir une frontière. L’endroit porte l’histoire des migrations qui ont façonné la ville de Marseille ; lieu d’arrivée, mais surtout lieu d’un nouveau départ pour des milliers de personnes qui passèrent par ces quais de débarquement. JR a souhaité évoquer ces itinéraires croisés en esquissant une « structure–parcours » que le visiteur est invité à suivre. Aussi l’installation détourne la fonction de pont d’embarquement ou de débarquement de la passerelle. Celle-ci devient le module de passages à emprunter, d’un départ vers l’inconnu.

Quittant la rive, le visiteur suit ce réseau qui le contraint à revenir sur ses pas et à changer de direction à plusieurs reprises. Amor Fati, littéralement « l’amour du destin », est convoqué pour exprimer le travail intérieur que chaque voyageur doit entreprendre lorsqu’il quitte son point de départ. C’est en acceptant la fatalité inhérente à tout déplacement que le candidat au voyage parvient à transformer l’imprévu en prétexte à la découverte, à la curiosité, et construire ainsi les possibilités d’une nouvelle vie.

Au fond du hangar, l’immense fenêtre est laissée découverte pour guider par sa lumière le visiteur-voyageur. Elle est aussi une lucarne sur l’extérieur et sur le réel. Le soleil, en décrivant une courbe descendante parfaitement inscrite dans le cadre de la fenêtre, confronte l‘onirisme de l’installation à la lumière du temps qui vient baigner l’espace du rêve. Parvenu au terme de son périple le visiteur se retrouve face au point de vue exceptionnel qu’offre le bâtiment. Ses yeux effectuent un travail de mise au point comme le ferait l’obturateur d’un appareil photo pour contempler le large et quitter l’espace en suspension du voyage intérieur. Le moment est venu de considérer ce nouvel horizon comme un lieu de transition.

A l’occasion de la Carte Blanche qui vous est proposée par MP2018, vous imaginez dans le J1 une installation monumentale de 1400 m2. Un projet qui semble s’éloigner quelque peu de vos travaux les plus connus de photographie et de collage à grande échelle et révèle une envie d’explorer d’autres médiums. Pouvez-vous nous parler de la place de ce projet dans l’évolution de votre pratique ?

Ma pratique n’est pas la photographie ou le collage à grande échelle. Ma pratique est l’évolution de ma pratique. J’ai commencé par le graffiti car le coût d’une bombe de peinture était dans mes moyens, puis je suis passé aux collages en petit format, avant d’agrandir l’espace couvert par mes oeuvres. Je fais donc en fonction des lieux et des moyens. Cette nouvelle installation au J1 traite de thèmes qui sont importants pour moi depuis plusieurs années maintenant comme la mémoire, l’identité et le voyage. J’invite le public à entrer dans l’installation, à l’expérimenter pour en inventer le sens. Il y a donc une forme de continuité tout en m’adaptant au lieu, car nous sommes en intérieur et non plus dans la rue.

Le projet Inside out invitait le public à prendre une part active dans votre démarche artistique en se faisant tirer le portrait dans des cabines photomatons. The Wrinkles of the City ou Face to Face faisaient de portraits d’anonymes la matière première de vos oeuvres. Dans l’espace du J1, le public peut-il s’attendre à une invitation à faire partie intégrante de l’oeuvre ?

Oui, de deux manières. D’une part en circulant dans l’oeuvre elle-même comme je le précisais ci-dessus. Il s’agit de faire l’expérience d’une oeuvre immersive et sensible. Avant d’y entrer, le public sera invité à y participer d’une manière nouvelle en confectionnant des bateaux en papier avec leur regard imprimé sur la coque. Ces bateaux pourront être déposés sur l’eau du bassin de l’installation et circuler de manière aléatoire.

Le J1 fait partie du patrimoine industriel de Marseille, il témoigne de l’activité commerciale de la ville et de son lien indéfectible avec la mer. De quelle façon cet édifice – son envergure, son histoire, son panorama- et, plus largement, la ville de Marseille, inspirent votre travail de création ?

Le Hangar J1 donne sur la Méditerranée, Mare Nostrum, notre mère, cette frontière naturelle qui est le lieu de passage de tant de rêves et de fantasmes. J’ai donc été attiré par la vue depuis le fond du bâtiment. Cette ouverture sur la mer et sur l’ailleurs m’a beaucoup inspiré. De plus c’est un endroit d’où partent et arrivent tous les jours les bateaux, donc les gens. C’est un lieu de vie en activité, loin d’être figé comme peut l’être un musée ou une galerie. On y ressent de la vie et de l’énergie. Et c’est aussi un lieu de transition, un lieu de franchissement. Ces types d’endroits m’ont toujours beaucoup questionné.

Texte et 3 questions à JR de Elsa Lambert © MP2018

 

 


JR
Né en 1983 en France.

www.jr-art.net

 

Amor fati, carte blanche à l'artiste JR au J1, Marseille. Crédit photo :  JR-ART.NET
Amor fati, carte blanche à l’artiste JR au J1, Marseille. Crédit photo :  JR-ART.NET

 

Hangar J1, quai de La Joliette, 13002 Marseille
Hangar J1, quai de La Joliette, 13002 Marseille

 

Visuel de présentation : Amor fati, carte blanche à l’artiste JR au J1, Marseille. Crédit photo :  JR-ART.NET

 

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