L’ATLAS, PERFORMANCES

L’ATLAS, PERFORMANCES

L’appropriation de la ville par un graffeur est méthodique. La cartographie de ses interventions renvoie clairement à une notion de territorialité. Cette quête du territoire a commencé pour L’Atlas dans les années 90 à Toulouse par un investissement de l’espace public par la pratique du tag qui a décontenancé une scène urbaine locale pourtant bien établie. Cette recherche constante du lieu “ultime” trouve un aboutissement dans des performances que L’Atlas commence en Italie (Palazzo Ducale, Genova, 2008), puis poursuit en France (Esplanade du Centre Pompidou, Paris, 2008; Place du Palais Royal, Paris, 2011; Place du Capitole, Toulouse, 2012) ou encore à New York (Washington Square, 2009; Rockfeller Park, 2015) et en Corée (The Seoul Arts Center, 2015). Des réalisations par lesquelles L’Atlas rend sous forme plastique le rapport qu’il entretient physiquement avec le tissu urbain.

La pratique de L’Atlas montre combien le graffiti est née de cette inscription du corps dans la ville, dans son architecture, ses espaces interstitiels, ses murs et même son mobilier urbain. Une ville qui, sous cet acte libératoire du tag, perd alors son caractère contraignant, n’imposant plus des sens de circulation mais formant au contraire des espaces d’expression autonomes. Si on ne retient communément que le geste d’écriture et sa trace sur les murs, il faut avoir à l’esprit que le tagueur ne cesse de quitter les voies classiques pour chercher des zones d’expression, escaladant les murets, les grilles, profitant des gouttières, des parapets, des toits. Un acte éminemment politique qui rend possible l’existence individuelle dans un espace commun parfaitement réglementé et qui exhorte à faire de la ville un terrain de jeu et à nous “laisser aller aux sollicitations du terrain et des rencontres qui y correspondent” 1. Il est ainsi aisé, de Paris à Berlin, d’Amsterdam à Rome, de suivre L’Atlas à la lettre. Son nom même renvoie à cette idée de cartographie, de chemins à emprunter. Avec la série GPS (Ground Print System), des empreintes de plaques d’égout qu’il prélève par un acte performatif dans différentes villes du monde depuis 2005, L’Atlas rend expressif ce rapport du corps avec la ville, la manière dont il en épouse les formes et comment il en traduit l’identité.

Un rapport à la ville, à son identité architecturale qui se retrouve aussi dans son expression picturale. Lors de ses voyages dans le monde arabe et notamment au Caire où il développe un style d’écriture latine répondant aux techniques de la calligraphie arabe et plus spécifiquement à l’écriture Koufi, au caractère géométrique très marqué. Plus qu’une simple adaptation stylistique, L’Atlas établit de nombreuses correspondances entre cette stylisation et la géométrie urbaine, les circuits de déambulation. Elle devient l’expression d’une certaine forme de « futurisme » qui s’installe dans les centres architecturaux ultra-modernes comme dans les nouveaux lotissements des zones périurbaines. La série Toiles errantes instaure une relation entre architecture et écriture, souligne ce caractère nomade de l’écriture qui devient la narration d’une aventure intra-muros et introduit un rapport entre oeuvres d’atelier et oeuvres réalisées dans l’espace public. Une aventure qu’il mène de pair en multipliant les techniques (séries Onde, Persistence, Sfumato,…) ne cessant de faire évoluer un travail qu’il présente dans de nombreuses expositions personnelles et collectives, de Paris à New-York et de Busan à Marrakech.

(1) Théorie de la dérive. Publiée dans Les Lèvres nues n° 9, décembre 1956.

Texte Valérie Toubas et Daniel Guionnet © 2018 Point contemporain

 


Jules Dedet aka L’Atlas
Né en 1978.
Vit et travaille à Paris.
Membre du collectif V.A.O. (Vandalisme Artistique Organisé) fondé dans les années 1990.

http://latlas-art.org

 

 

L'Atlas, Projet "Boussoles", esplanade du Centre Pompidou, Paris, juin 2008. Photo courtesy artiste.
L’Atlas, Projet “Boussoles”, esplanade du Centre Pompidou, Paris, juin 2008. Photo courtesy artiste.

 

 

L'Atlas, Toiles errantes, Mexico City, 2018. Courtesy artiste.
L’Atlas, Toiles errantes, Mexico City, 2018. Courtesy artiste.

 

L'Atlas, GPS (Ground Print System), "Rabat #2", 2008. Courtesy artiste.
L’Atlas, GPS (Ground Print System), “Rabat #2”, 2008. Courtesy artiste.

 

L'Atlas, GPS (Ground Print System), "Red Imprint Pékin", 2008. Courtesy artiste.
L’Atlas, GPS (Ground Print System), “Red Imprint Pékin”, 2008. Courtesy artiste.

 

Visuel de présentation : L’Atlas, performance Place du Palais Royal, Paris, 2011 avec le soutien du Musée en Herbe, Paris et de la Galerie Lebenson, Paris. Tous droits réservés artiste.

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